Derrière les portes murées

Derrière les portes murées se dessine le mystère, et l'imagination prend des envolées vibrantes face à l'inconnu qui se cache tapis dans l'ombre. Ce sont toujours des histoires tremblante qui hérisse les cheveux et glace le sang qui flottent aux alentours. Personne n'aiment les scénarios bancales qui font bailler, ceux qui donnent envie d'écourter la conversation en prétextant une excuse bidon tellement elles sont ennuyeuse.  
Tous le monde aiment entendre une histoire sombre et tragique concernant un lieu abandonné depuis longtemps, surtout si en plus l'accès y a été condamné.
Pour le facteur se n'est qu'une vieille bâtisse de plus qui un jour finira en tas de gravât, chaque jour il passe devant et y jette un oeil. Il n'y a que les corbeaux qui ose s'aventurer dans la cour, le vieux du village lui avait raconté une ténébreuse histoire à propos d'une chose hideuse qui vivait dans l'obscurité entre ces murs. Mais tout le monde savait que le vieux n'avait plus toute sa tête, ou était-il juste un insondable fan de H.P Lovecraft ? Mais comment imaginer un vieux bonhomme lire des récits fantastiques le soir au coin du feu ?
Le facteur était un enfant du pays et jamais il ne vit quoi que se soit changer dans la propriété, même la maison ne semblait pas subir les affres du temps. Comme si elle avait été construite ainsi avec sa charpente pourrissante et ses trous béant dans la toiture, même la mauvaise herbe ne semblaient jamais pousser dans la cour. Toutes les portes et les fenêtres avaient été murées, mais certains racontaient qu'à l'arrière de la maison il y avait une porte en fer solidement fermée.
Il n'avait jamais eu l'intention d'aller vérifier si les anciens disaient vrai jusqu'au jour où arriva une lettre pour une certaine madame H. Martin, vivant 7 rue du saut de loup. Était-ce une blague de la part d'un collègue ? C'est vraiment con comme blague, envoyer quelqu'un dans cette maison sinistre ce n'était pas marrant. D'autant qu'il n'y avait pas de boite aux lettres, il devra partir à la recherche de cette mystérieuse porte en fer.
Son supérieur lui affirma qu'il y avait une H.Martin enregistrée à la liste électoral de la mairie depuis 1926 à cette adresse et que pour l'instant aucun acte de décès notifiait qu'elle était décédée. Avec de grand yeux le facteur écoutait son chef lui expliquant qu'il était de son devoir de distribuer les lettres qui lui étaient confiées, et jusqu'à preuve du contraire personne ne pouvait affirmer que cette maison était vide.
Mais il est dingue celui là ! Je ne veux pas foutre les pieds là bas moi ! Mais il n'était directeur de cette agence que depuis peu, il n'avait pas connaissance des histoires et du folklore qui se murmuraient dans les rues du village.
C'est avec une sérieuse mauvaise humeur qu'il commença sa tournée, la vieille bâtisse était parmi les premières lettres à déposer mais il distribua tout le contenu de sa sacoche jusqu'à ce qu'il ne reste que la lettre maudite. Celle qui allait l'obliger d'entrer dans cette cour où seul les corbeaux croassaient à longueur de journée.
Sachant que c'était tout à fait ridicule, il laissa son vélo contre le vieux portail rouillé, prêt à l'enfourcher pour déguerpir à toute vitesse si les choses se gâtaient. Il gratta le reste de courage qui était allé se plaquer au fond de son estomac et se força à croire que de toute façon il n’y avait plus personne depuis longtemps ici. Peut être une vieille connaissance à cette madame Martin qui ne savait pas que celle-ci était six pieds sous terre depuis des décennie.
Comment avait-il pu penser que le portail n’allait pas alerter tout le quartier en grinçant dans un frottement métallique si aiguë que même les corbeaux cessèrent de gueuler pour le regarder. Ce genre de situation n’arrive que dans les films, tout ça avait un air comique mais malgré tout il sentit un tiraillement au fond de son ventre. Même le son de ses pas dans le gravier semblaient anormalement amplifiés, comme si sa venu ici devait être connu de tout le village.
Il inspira une profonde bouffée d’air pour chasser toutes ses idées préconçus, nourrit par les rumeurs que propageaient les anciens en arpentant les rues du patelin à longueur de journée, cherchant des oreilles insouciantes prête à vibrer sous leur vieilles histoires.
Les yeux noirs des corbeaux semblaient suivre sa progression à travers le dédale des hautes herbes qui poussaient derrière la maison, le chemin de vieux pavés avait presque disparut, avalé par toute cette mauvaise herbe qui poussaient en toute anarchie. Dans ce fouillis vert d’ortie et de chien dent qui semblaient vouloir conquérir autant d’espace qu’ils le pouvaient il vit tout un tas de vieillerie. Un arrosoir en fer sérieusement attaqué par la rouille, des vieilles planches pourrissantes, des pot de fleur en terre cuite complètement fissurés, prêt à s’effondrer au moindre choc et un vieux banc en bois avec des accoudoirs en fer forgé.
Il était indéniable que cet endroit était abandonné depuis longtemps, comment quelqu’un pouvait vivre ici ? Son directeur était un abruti, s’il était venu ici, il l’aurait constaté par lui même ! Mais comme beaucoup de supérieur il aimait surement exercer son autorité en suivant le protocole à la lettre, même si certaine situation offrait l’opportunité de passer à travers. A croire qu’il prenait un malin plaisir à l’envoyer ici sachant qu’il n’y avait surement plus personne depuis longtemps.
Lorsqu’il plongea dans la pénombre de l’arrière cour noyée par la folle progression des plantes il aperçu la vieille porte en fer, il n’y avait pas de poignet, juste une serrure. Les corbeaux n’avaient pas encore reprit leur conversation stridente.
Etait-ce juste sa paranoïa qui faisait des étincelles dans son cerveau où ces maudits oiseaux le fixaient de leur yeux sombres ? C’était comme si c’était la première fois depuis des années qu’ils n’avaient pas vu un étranger traverser la cour lugubre, d’où se dressait un vieux chêne rachitique qu’ils avaient investit pour psalmodier leur cris lancinant à longueur de journée.
Il vit une petite plaque de métal où était inscrit «H.Martin», y avait-il effectivement quelqu’un qui vivait ici ? Cela paraissait pourtant impossible, depuis qu’il était enfant il n’avait jamais vu personne ici, et aussi loin que ses souvenirs remontaient il n’avait jamais vu les fenêtres autrement que murées.
Il frappa deux coups secs à la porte d’acier qui résonnèrent comme s’il avait été dans une caverne où l’écho amplifiait le moindre petit bruit, et pourtant le bruit produit par son poing sur le métal lui avait semblé être démesuré face au tintamarre qu’il avait produit. Qui avait-il là derrière ? Une pièce de cent mètre carrés complètement vide ? Les corbeaux se mirent à croasser et agiter leur ailes, évidemment il avait l’impression que tous ces oiseaux le regardaient, le fixaient de leur yeux noirs et vides.
«Fermez la !» Hurla-t-il. Mais les oiseaux ne se turent pas et le fixèrent avec arrogance. Saleté de bestiole, en plus d’être con ils sont moche ! Il ramassa une pierre et la lança sur celui qui c’était aventuré sur le chemin pavé qui menait à la vieille porte en fer. Il ne le toucha pas, mais le corbeaux s’envola en croassant et se percha sur une branche du vieux chêne auprès de ses congénères pour continuer à l’engueuler de son langage incompréhensible.
Bon allez, il n’y a personne ici. C’était vraiment stupide de venir toquer à cette porte, pourquoi n’a-t-il pas simplement dit à son supérieur que cette fameuse madame Martin n’habitait plus ici ? Que cette vieille baraque était vide depuis longtemps ? Ce n’était pas un mensonge puisqu’il n’y avait personne ici !
Son coeur se mit à palpiter lorsqu’il entendit la serrure tourner derrière la porte, les corbeaux se turent soudainement, ils se resserrèrent sur les branches pour se blottir les uns contre les autres, comme s’ils avaient encore plus peur que lui. Ne valait-il pas mieux qu’il foute le camp d’ici ? Et si c’était la chose hideuse dont le vieux avait parlé ? Après tout il habitait ici depuis longtemps, il était le mieux placé pour connaitre les histoires de chaque maisons du village.
La porte s’ouvrit vers l’extérieur dans un grincement aigüe il n’aperçu dans la pénombre, non pas un monstre répugnant comme l’avait dit le vieux, mais une jeune femme rousse au yeux d’un bleu si pétillant qu’il en eu le souffle coupé. Elle n’était pas très grande et portait une robe grise, son sourire illumina son visage plein de tache de rousseur. Ses dents étaient d’une blancheur à faire frémir tout dentiste à la recherche de la perfection.
Il lui tendit la lettre fébrilement avec un sourire légèrement crispé, il ne c’était jamais retrouvé devant une beauté si rayonnante, si éclatante, si envoutante. Comment une femme si brillante de perfection pouvait-elle vivre dans un endroit si sinistre ? Finalement le facteur lui fit un sourire éclatant, il était entrain de fondre devant son charme si naturel.
Lorsqu’elle prit la lettre, sa main fut éclairée par le soleil, et durant une fraction de seconde la terreur lui arracha le coeur de la poitrine. C’était bien pire que la main d’une vieille femme, une articulation osseuse où la peau avait quasiment disparut. Les ongles poussaient sur des phalanges noircies et il lui avait semblé voir des veines vides et desséchées sur le dos de la main. Cela c’était passé si vite, déjà elle avait la lettre entre les mains et regardait qui lui avait envoyé. Un magnifique sourire fit briller son visage lorsqu’elle vit qui était l’expéditeur, elle le remercia mille fois en lui envoyant de multiple sourire chaleureux.
Il avait déjà oublié cette main putride et irréelle qu’il avait semblé apercevoir à la lumière du jour, comment une si belle femme d’une beauté si transcendante aurait-elle pu un seul instant transpirer d’une telle horreur ? Le facteur n’eu pas de mal à se convaincre qu’il avait rêvé, juste une illusion d’optique lorsqu’elle lui proposa d’entrer. Avec un plaisir plus que sincère il accepta, et lorsqu’il franchit le perron les corbeaux se remirent à s’agiter. Quand elle referma la lourde porte derrière lui, le silence s’imposa et il n’entendit plus ces oiseaux de malheur croasser.
Le mobilier devait dater du début du siècle dernier et partout brillaient des lampes qui éclairaient faiblement les coins les plus sombres des pièces. Il y avait également des chandeliers où se consumaient des bougies, leur lumières vacillantes qui vibraient sur les tableaux qui représentaient des monarques du dix septième siècle ne faisaient qu’accentuer l’étrange atmosphère qui régnait ici. Il se sentit écrasé, enfermé dans une boite hermétique à la lumière. Pourquoi avoir muré les fenêtres ? Il n’osa pas lui demander et accepta la tasse de thé qu’elle lui apporta avec un sourire angélique, ses craintes qui avaient tentés de le réveiller par un semblant de claustrophobies avaient déjà disparut. Comment ne pas succomber à ce sourire si magnifique ? Il bu plusieurs gorgées de thé et très vite un soudaine fatigue le tira jusqu’au fauteuil. Elle lui proposa de se détendre un instant, son travail était tout de même très éprouvant, peut être juste un coup de fatigue.
Mais même respirer devint un effort considérable, plus aucun de ses membres ne répondit. Comme si toutes ses forces l’avaient abandonnées. Affalé sur le fauteuil comme s’il était soudainement écrasé par une énorme fatigue, ses pensées s’envolèrent, il avait l’impression que sa peau allait se craqueler et exploser en de milliers petits fragments.
Elle lui fit un admirable sourire étincelant en tenant sa main comme par compassion. Même dans cet état de semi coma, alors que tout son corps était paralysé par la fatigue et l’épuisement, il était encore sous le charme de cette beauté irréelle et fantasmagorique.
Elle s’éloigna de lui pour aller ouvrir la lourde porte en fer, certainement pour aller chercher de l’aide devant son étrange coup de barre se dit-il, cette perte d’énergie qui l’empêchait de bouger ne serait-ce qu’un doigt.
Mais il sentit tout de même son coeur qui faillit exploser dans sa cage thoracique, la terreur ne pu s’afficher sur son visage déconnecté de ses muscles, mais à l’intérieur de sa tête il hurlait aussi fort qu’il pu. Si sa gorge avait pu produire un tel son, il aurait certainement alerté tout le village.
Cette vision qu’il avait eu à propos de sa main lorsqu’elle avait saisit la lettre concernait à présent tout son corps quand la lumière du jour caressa sa peau grise et terne. Son visage était affublé d’horrible difformité qu’il n’aurait jamais pu imaginer voir sur un être humain, elle n’avait plus sa poitrine opulente et ses fesses rebondie. Mais un dos bossu et des bras anguleux qui semblaient pouvoir se mouver dans des positions impossibles.
Elle se mit à parler, des mots incompréhensible portés par une voix grave et granuleuse en direction de la cour. Le vent fit virevolter les quelques cheveux blancs qui restaient sur son crâne gris parsemé de tâches noires. Elle prononça à nouveau quelques mots dans une langue qui lui échappa et secoua ses doigts osseux et gris qui tremblaient à la lumière du soleil. Elle avait semblé donner un ordre à quelqu’un dans la cour, il était pourtant sur qu’il n’y avait personne lorsqu’il était arrivé. Et si un passant dans la rue apercevait cette chose hideuse et répugnante il partirait surement en courant et en hurlant comme un forcené dans les rues du village.
Non, ce qu’il vit dépassa encore son imagination d’aussi loin qu’elle aurait pu aller, les corbeaux qui trainaient dans la cour à croasser avec arrogance passèrent devant la porte en transportant son vélo. Comment aurait-il pu imaginer plusieurs dizaines de ces oiseaux saisirent son vélo de leur pattes pour l’emporter derrière cette vieille bâtisse pourrissante pour le jeter parmi les mauvaises herbes ? Très vite il aura disparut dans l’anarchie de cette végétation qui lui sembla soudainement aussi diabolique que cette chose hideuse qui lui avait apparut comme la perfection incarné.
Lorsqu’elle referma la porte et empêcha les rayons du soleil de pénétrer dans son antre elle était à nouveau cette magnifique créature souriante, même en ayant vu sa véritable apparence qui était la plus monstrueuse et plus irréelle chose qu’il avait imaginer voir un jour, il ne pouvait s’empêcher de céder devant son charme si envoutant. Il tenta de sourire mais les muscles de son visage ne répondait plus.
Elle vint s’assoir à ses cotés et lui prit la main, elle se mit à parler et cette fois il comprit ces mots.
«Mon nom est difficilement prononçable, dans ta langue en tout cas. Le plus rapprochant serait Maçéraine. Tu m’as apporté une grande nouvelle, ma soeur est vivante !» Un grand sourire illumina son visage.
«Je n’aurai jamais imaginé qu’elle était encore de ce monde, tant d’année ce sont écoulées. Nous sommes là depuis longtemps tu sais, nés avec et de l’océan. Mais nous avons du nous adapter avec le temps, les marins ont commencés à nous chasser.»
Elle le regardait toujours encore avec un sourire angélique qui aurait pu faire fondre n’importe qui avec un seul regard.
«Le manque d’eau m’a un peu desséchée c’est vrai, mais mon pire ennemi se sont ces foutues rayons de soleil. Ici derrière ces murs à l’abri de la lumière je me sent bien, il n’y a pas de marin à attirer dans mes filets mais il y a des gentils facteurs, parce que moi aussi il faut que je mange !»
Elle lui fit un grand sourire et lui caressa la joue avec tendresse, une terreur si énorme le traversa qu’il sentit un liquide chaud couler dans son pantalon.
Elle se leva et alla à la cuisine, il entendit du bruit, des casseroles et des assiettes qui s’entrechoquaient. Lorsqu’elle revint elle tenait un couteau électrique entre les mains, les lames se mirent à vibrer. Elle lui fit un grand sourire qui affichait ses magnifiques dents anormalement blanches.
«J’ai allumé le four !»